jeudi 13 avril 2017

Ainsi parla Rma, le fileur de temps... 11

Alors qu’il aidait Résiskia à reconstruire en pierre la maison de Burachka, Koubaye repensa à ce jour de marché. Son grand-père ne lui avait fait aucun reproche. Le vieil homme avait eu une conversation avec Gabdam avant leur départ. Koubaye n’avait pas entendu ce qu’il se disait. Il avait juste vu son grand-père hocher de la tête plusieurs fois. Alors qu’ils peinaient sur le chemin du retour, son grand-père lui avait juste dit qu’il était préférable de ne pas dire ce qu’il voyait. Il avait ajouté :
   - Les devins n’ont pas toujours une position enviable...
   - Suis-je devin ?
   - C’est trop tôt pour le dire. Il faut attendre que tu atteignes le deuxième ou le troisième savoir.
Le silence était retombé entre eux le reste du voyage.
   - Ahors tu ‘ors ?
La voix de Résiskia le sortit de son rêve. Koubaye fit un signe de dénégation et se remit au travail. Il faisait froid mais assez sec. Ils étaient obligés d’empiler les pierres. Cela prenait du temps. Résiskia choisissait avec soin chaque pierre pour lui trouver le bon endroit dans le mur. Le rôle de Koubaye était de ramener des pierres. Il faisait des allers-retours jusqu’à un pierrier situé un plus haut dans la pente.
C'est en descendant qu'il vit le chariot. Il avançait lentement. C'était une petite charrette traditionnelle dont les roues ne tournaient pas tout à fait rond. Le boeuf qui la traînait était maigre. Il était manifestement mal nourri. Koubaye pensa que cela ne pouvait pas être un attelage des seigneurs. Il pensa qu’il avait le temps de charger sa hotte. L’attelage n’allait pas bien vite. Quand il revint près de Résiskia, il lui signala ce qu’il avait vu. Ce dernier lui dit d’aller prévenir Trumas et son grand-père. Koubaye se dirigea vers la maison de Trumas. Apprenant l’arrivée d’étrangers, sa femme prit le parti de s’enfuir. Il monta vers la ferme de son grand-père. Comme Trumas, ce dernier n’était pas là. Il était occupé à soigner les troupeaux cachés.
   - Tu l’as vu, demanda la grand-mère ?
   - Oui, répondit Koubaye, ça n’a pas l’air méchant. Je n’ai vu que deux silhouettes à côté du chariot. Je ne sais pas qui c’est mais ils sont fatigués. Leur démarche est lourde.
   - Braver l’hiver et venir dans notre vallée avec la neige… alors qu’elle est sans issue… Ou ils sont perdus ou ils viennent chez l’un de nous…
   - Ils ne viennent pas chez nous. Ils vont s’arrêter avant.
La grand-mère regarda Koubaye d’un air interrogatif.
   - Quand ya personne, je peux dire ce que je veux. C’est ce que m’a dit Grand-père.
   - Oui, Koubaye, tu as raison. Quand il n’y a personne… Que vois-tu d’autre ?
   - Je vois le rouge du chariot et le feu qui en sort…
   - Je ne comprends pas, que veux-tu dire ?
   - Ils ont un pot à feu qui brûle à l’arrière et j’ai vu du rouge sur le chariot. Il doit être peint comme ça.
   - Viens !
La grand-mère ferma la porte de la maison et se mit en marche vers la maison de Burachka. Elle n’avait pas fait dix pas qu’elle se ravisait. Elle retourna à la maison, fouilla dans le placard à vaisselle et chargea Koubaye d’ustensiles divers.
   - Pourquoi prends-tu tout cela, demanda Koubaye?
   - Ils ne s’arrêteront pas chez Trumas. Il n’y a personne et sa couleur n’est pas le rouge. Ils vont aller chez Burachka. Elle aura besoin de cela. Allez, ne traînons pas !
Toujours aussi vive la grand-mère se remit en route. Koubaye la suivait en faisant attention où il mettait les pieds. Il ne voulait pas casser ce qu’il portait.
Résiskia les regarda passer sans interrompre son travail. Koubaye vit que le tas de pierres devenait insuffisant. Mais là, il avait d’autres choses à faire. On ne discutait pas avec la grand-mère. C’est toujours ce que lui disait son grand-père en maugréant quand il devait faire quelque chose qu’il ne voulait pas faire.
La cabane où vivait Burachka avait été agrandie. De part et d’autre, Résisikia avait monté des abris de pierres sèches.  Montés à la va-vite, ils étaient pleins de trous et de courants d’air. Burachaka s’en contentait pour entreposer ce qui avait été récupéré dans les caches de la maison brûlée. Elle jeta un regard étonné à la grand-mère qui arrivait les bras chargés de vaisselle.
   - Des gens arrivent chez toi, Burachka.
Cette dernière ouvrit des yeux encore plus grands et interrogatifs en entendant cela.
  - Koubaye a vu un chariot qui monte. Il en a vu le rouge…
Burachka regarda Koubaye :
   - Il est rouge ??
   - Je le vois comme cela, répondit Koubaye.
   - Combien sont-ils ?
   - J’en ai vu deux marcher, mais…
Koubaye s’arrêta de parler et regarda sa grand-mère qui lui fit signe de continuer
   - … Je pense qu’il y en a d’autres.
   - Ils étaient loin ?
   - Ils devraient arriver ce soir ou dans la nuit, avant l’heure des bayagas
Burachka sembla réfléchir un moment.
   - On va faire un feu pour les guider. La nuit sera sans lune. On pourra se serrer dans la cabane mais ont-ils des bêtes ?
   - Je n’ai vu que le boeuf qui tire le chariot.
Avec un peu de bois et surtout des bouses séchées, ils préparèrent le feu. Quand la nuit tomba, ils l’allumèrent. C’était une nuit sans lune mais pas sans étoile. Le froid devint plus intense. Koubaye, tout en se réchauffant autour du feu, scruta le ciel, recherchant les compagnes de l’étoile de Lex. On appelait ainsi le groupe d’étoiles qui se levaient avant l’étoile de Lex. Elles commençaient à monter sur l’horizon quand on entendit le grincement d’une roue. Burachka écouta, regarda le ciel et dit :
   - Cela va être juste.
La grand-mère, qui avait préparé un grand pot pour faire chauffer de l’eau, fit de même :
   - L’étoile de Lex n’est pas loin. Nous allons rentrer.
Koubaye sentit la déception l’envahir. Il allait devoir attendre pour rencontrer les premiers étrangers qui venaient dans la vallée depuis sa naissance.  Il gardait de “son âge sans savoir” l’impatience de l’enfance. Il ne le montra pas. Quand on est comme lui, entré dans l’âge du premier savoir, on se doit de laisser l’enfance derrière et de se bien comporter. Sur le chemin du retour, il interrogea sa grand-mère :
   - Burachka sait qui c’est ?
   - Non, Koubaye. Elle a bien de la famille, mais personne n’est venu depuis avant ta naissance.
   - Pourquoi ?
   - Elle a désobéi à son clan. 
Koubaye regarda le ciel. L’étoile de Lex allait bientôt apparaître et avec elle, les bayagas.
  - Et s’ils n’arrivent pas avant le lever de l'Étoile, qu’est-ce qui va se passer ? Les bayagas vont les manger ?
   - Non, les bayagas ne mangent personne. Ce qu’ils font est pire ! C’est pour ça qu’il ne faut jamais oublier de faire les rites quand on voyage…
Le grand-père les attendait sur le pas de la porte. La grand-mère changea de sujet.

dimanche 2 avril 2017

Ainsi parla Rma, le fileur de temps... 10


Koubaye se réveilla avant le jour. Il n’avait pas entendu son grand-père venir se coucher. Ils étaient dans une chambre étroite, derrière le mur de la cheminée. Il en avait apprécié la chaleur diffusant à travers le mur. Il avait faim. Cela faisait rire sa grand-mère. Il avait toujours faim. La veille au soir, il avait essayé de rester pour écouter les adultes. La conversation avait été ce qu’il pensait jusqu’à l’arrivée d’un voyageur qui avait annoncé un massacre près de Msevelg. Koubaye ne connaissait pas Msevelg. La ville était à dix jours de marche de chez eux. Le grand-père y allait une fois par an pour la grande foire en automne. On y vendait le bétail et le fromage et on y achetait ce dont on avait besoin. Il avait écouté le récit. Le voyageur n’était pas un témoin direct. Il habitait près de Msevelg et allait à la capitale. Il avait vu les patrouilles renforcées et subit les contrôles tatillons des seigneurs. C’est comme cela qu’il avait lui-même appris ce qu’il s’était passé. Un garde avait été retrouvé tué. C’était un seigneur, pas comme le maître du marché qui était un des leurs travaillant pour les seigneurs. Le seigneur Vrenne, comme toujours n’avait pas cherché qui avait fait cela. Il avait fait massacrer tous les gens du hameau le plus proche du lieu de l’assassinat.
Koubaye avait vu l’inquiétude de son grand-père. Il avait de la famille qui habitait non loin de Msevelg. Le voyageur ignorait le nom de la bourgade. Il ne connaissait que les faits. Après cela, tout le monde y avait été de son indignation et de sa colère. Koubaye n’avait senti que leur impuissance et la fatigue aidant, avait préféré partir.
Mais ce matin, il avait faim. Sans bruit, il se leva, enfila ses vêtements et, poussant le rideau qui fermait leur chambre, alla dans la salle. Il y avait déjà des hommes debout dont le voyageur. Il finissait un bol de soupe fumante tout en discutant avec Gabdam. Koubaye resta un moment debout, ne sachant ni que faire ni où aller. En le voyant ainsi debout, l’air perdu, une servante l’attrapa par le bras et le fit asseoir à une table :
   - Toi, tu as faim ! Les jeunes comme toi, ont toujours faim ! ajouta-t-elle en s’éloignant.
Il la vit revenir peu de temps après avec un plateau chargé d’un bol de soupe et de galettes qu’elle posa devant lui.
   - Allez, mange ! lui dit-elle en lui souriant.
Koubaye ne se le fit pas dire deux fois. Il commença par la soupe chaude et épaisse, tout en regardant tout autour de lui. Gabdam avait l’air de connaître le voyageur. Ils se tenaient proches l’un de l’autre et discutaient tout bas.
Koubaye en était à sa deuxième galette quand s’installa un groupe de marchands. Il les avaient vus hier. Ils parlaient assez bruyamment de leur retour, maintenant que la neige avait cessé de tomber. L’un parlait de ses bêtes qui manquaient de fourrage, l’autre d’un vêlage tardif lui donnant peu d’espoir de sauver le veau. Ils prirent place autour d’une grande table ronde. La servante entra avec des bols de soupe qu’elle déposa rapidement devant eux. Ils la saluèrent avec des remarques salaces auxquelles elle répondit avec un humour féroce qui les fit éclater de rire. Koubaye, tout en continuant à dévorer ses galettes sur lesquelles il répandait du miel, pensa qu’ils allaient réveiller son grand-père.
Une femme plus discrète tirait les rideaux pour que la première lumière du jour pénètre dans la salle. Koubaye découvrit une aube pâle et froide. Il songea au trajet du retour, espérant que le vent n’avait pas trop poussé l’eau sur le chemin de la cascade. La porte s’ouvrait maintenant régulièrement sur des habitants venant se réchauffer d’un verre d’eau de vie avant d’aller affronter le froid. Koubaye ouvrait des yeux étonnés sur tout ce qu’il voyait ainsi pour la première fois. Si certains prenaient un verre ou deux et partaient rapidement, d’autres semblaient s’installer gardant un flacon d’eau de vie près d’eux.
   - Ceux qui boivent trop ne dépassent jamais le premier savoir...
Koubaye tourna la tête brusquement pour découvrir son grand-père qui s’asseyait à côté de lui. Il avait l’air contrarié. Il jeta un coup d’oeil à Gabdam, discutant toujours avec le voyageur. Puis il fit un geste de la main pour attirer l’attention de la servante qui répondit d’un signe de tête.
   - J’espère que tu as bien dormi. La montée sera moins facile que la descente.
La servante posait le bol fumant devant le grand-père avec deux assiettes de galettes quand la porte s’ouvrit dans un grand bruit, laissant passer un homme à l’air affolé.
   - Il est mort… Il est mort...
Il alla au comptoir. Gabdam lui tendit un verre d’eau de vie :
   - Bois et raconte !
   - J’allais voir mes chevaux quand j’ai vu au bord du chemin un tas sanglant. 
L’homme essoufflé but une gorgée, reprit sa respiration et continua son récit.
   - J’étais sur la piste et en me protégeant d’une rafale je l’ai vu en contrebas du talus…
Buvant une nouvelle gorgée, il s’interrompit à nouveau :
   - Je ne sais pas ce qu’il faisait là… mais c’était affreux… mourir comme ça…
De nouveau, il s’arrêta de parler pour boire une nouvelle gorgée d’eau de vie. Les gens présents s’étaient rapprochés du comptoir.
   - Mais de qui parles-tu, demanda Gabdam?
   - Je parle du maître du marché.
Il y eut des cris dans l’assemblée. Le maître du marché mort ! Ce fut d’abord un sentiment de soulagement. Pour beaucoup, il n’était qu’un traître à son peuple.
   - Qu’as-tu vu, questionna le tavernier, l’air inquiet ?
   - Les loups l’ont attaqué et à moitié dévoré…
   - Qu’est-ce qu’il foutait dehors par ce temps, demanda quelqu’un ?
   - J’en sais rien, répondit l’homme qui l’avait découvert.
   - P’t-être qu’il allait rendre visite à quelqu’un… lança un autre.
   - En plein milieu d’une nuit de tempête!...
   - C’est ce que l’gamin avait dit, déclara un marchand, j’l’ai entendu hier !
Tous les regards se tournèrent vers Koubaye. Le grand-père le regarda un instant et dit :
   - Il a dit à ça comme ça…
   - P’t-être, mais c’est arrivé…
   - Tout doux, les gars. Koubaye a dit ça mais ça veut rien dire, se défendit le grand-père…
   - L’a raison, intervint Gabdam, c’est pas parce qu’un gamin sort une idiotie que c’est un devin… Il a tout juste l’âge du premier savoir. Si Virme l’apprend, ça peut faire du vilain
   - T’as raison, Gabdam, répondit un vieux marchand. On a assez d’ennuis comme ça, sans avoir besoin d’un gamin devin.
Tout le monde approuva d’un signe de tête.
   -  Il faut juste raconter que les loups l’ont attaqué alors qu’il sortait précipitamment d’une maison parce que le mari arrivait…
C’est vrai que le maître du marché avait une solide réputation de séducteur. Sa position lui assurait une quasi impunité.
   - Ya des traces d’autre chose que les loups ? demanda le voyageur
   - Non, répondit celui qui l’avait trouvé. Y’avait pas de trace de pas ni de trace de sabots, juste des empreintes de loup...
    - Alors ya rien à raconter, juste à dire que les loups l’ont attaqué, déclara Gabdam. Allez on va boire un coup pour se remettre, ajouta-t-il en faisant signe à la servante.

vendredi 24 mars 2017

Ainsi parla Rma, le fileur de temps... 9

Ils mirent des jours à déblayer la maison de Burachka. Avec le temps, Koubaye apprit à comprendre le parler particulier de Résiskia. L’homme à la langue coupée n’avait plus de maison depuis ce jour où les seigneurs, maudits soient-ils, s’en étaient pris à ses biens pour satisfaire la voracité de Virme. Depuis, il vivait en louant ses bras puissants contre le gîte et le couvert. La nouvelle du pillage de la maison de Burachka avait vite fait le tour de la communauté. Résiskia avait senti là une opportunité d’avoir un travail stable pour tout l’hiver. Il allait falloir reconstruire la bâtisse. Si le feu avait dévoré les poutres et effondré le toit, il n’avait pas touché aux réserves secrètes cachées par une solide dalle de pierre. Au cinquième jour, ils avaient pu dégager l’entrée de la cave. L’ordinaire de Burachka s’en était trouvé amélioré. Elle avait entreposé là des vivres mais aussi des vêtements et d’autres choses indispensables.
Koubaye venait tous les jours dès le matin. Ses grands-parents lui avaient donné l’ordre d’aller aider. Cela le gênait de les laisser faire tout le travail. Son grand-père lui expliqua que du temps de son père, c’est à eux que les seigneurs avaient rendu visite et que le grand-père de Burachka les avait bien aidés. La tradition voulait qu’on aide, alors il fallait aider. Trumas, l’autre voisin, venait aussi quand son travail et sa famille lui laissaient le temps. Ils ne furent pas trop de trois pour dégager les poutres fumantes. C’est ce qui causa le plus de souci. Le feu les consuma pendant des jours. Elles fournissaient de la chaleur, ce que Koubaye appréciait. Le froid et la neige avaient pris possession de la région. Heureusement, le vent restait faible. Trumas offrait régulièrement à Burachka de venir loger chez lui. Il supportait mal de la voir rester ainsi dans son petit appentis. Elle refusait toujours. Abandonner sa maison était pour elle donner raison aux seigneurs. Résiskia avait moins de scrupules et dormait dans l’étable de Trumas.
Ils mettaient le peu qui était récupérable dans l’appentis. Avec le reste, ils faisaient un tas. L'ordinaire de Burachka s’améliora quand ils atteignirent la porte de la cave. Ni Koubaye, ni Résiskia n’entrèrent dans la pièce cachée. Personne n’y serait rentré sans invitation. Burachka y avait retrouvé du linge et des provisions, ainsi que des outils et son argent. Elle ne mourrait pas de faim et pourrait même continuer à payer Résiskia pour son aide dans la reconstruction.
La maison était très ancienne. Nul ne se rappelait de qui l’avait faite. La taille des poutres avaient impressionné Résiskia. On ne pouvait les remplacer. La loi des seigneurs interdisait au peuple d’abattre les arbres. On se rabattait sur le bois tombé ou cassé. Le moindre arbre couché par une tempête était vendu très cher, beaucoup trop pour Burachka.
   - Pourquoi, on ne ferait pas le toit en pierre.., dit Koubaye?
Il avait dit cela sans trop réfléchir. Si la porte de la cave était en pierre pourquoi pas le toit ?
   - Ai ré ompli-é, répondit Résiskia
   - C’est trop lourd, déclara Trumas.
Koubaye pensa qu’il avait dit une bêtise et se tut. Ils continuèrent à déblayer en silence.
Burachka leur fit la surprise de venir les voir sans aide. Elle se déplaçait de plus en plus facilement. Elle ne boitait plus. La plaie de son épaule se refermait, mais elle ne pouvait pas encore utiliser son bras. Par contre, elle avait toujours la tête couverte. Elle avait échangé les linges du début pour un fichu moins impressionnant à regarder.
Plus tard, Koubaye avait interrogé sa grand-mère sur ce qui s’était passé. Elle lui avait expliqué que les seigneurs étaient venus prendre le bétail et les provisions. C’était le droit des plus forts. Burachka avait tenté de s’opposer à eux. Elle avait été blessée dans l’échauffourée qui s’en était suivie. Elle avait de la chance qu’ils l’aient crue mourante.
Koubaye travaillait encore avec Résiskia quand son grand-père passa le chercher. Il avait l’âne avec lui. Il l’avait chargé d’un sac de grains.
   - Bonjour Résiskia.
   - Onjouuur inomm, répondit l’interessé.
   - Je viens chercher Koubaye. Nous rentrerons après déjeuner.
   - Ré hien. Eu eu me rébouyer eul.
Koubaye qui comprenait maintenant ce que disait Résiskia, ne demanda pas d’explication et secouant la poussière qu’il avait sur les mains, il entreprit de rattraper son grand-père qui était déjà parti. Quand ils furent hors de portée de voix, il demanda :
   - Lui aussi, il a résisté aux seigneurs ?
   - En quelque sorte, Koubaye. Il disait haut et fort ce que les autres disaient tout bas. Virme lui a fait couper la langue pour ça.
Koubaye médita ce qu’il entendait. Ils descendaient par le chemin muletier la combe qui menait à la plaine. La neige n’était pas retombée en masse depuis la dernière tempête. L’air semblait humide.
   - Dis, grand-père, tu crois qu’on aura le temps de faire la maison de Burachka avant les grands froids?
   - Je ne crois pas… Il n’y a pas assez de bois pour la faire.
   - Mais elle doit être en pierre…, rétorqua Koubaye.
Son grand-père s’arrêta net, surprenant l’âne et son petit fils.
   - Comment cela en pierre ???
Koubaye se sentit pris en faute.
   - Mais, euh… c’est comme cela que je la vois…
   - Attends ! Attends ! C’est comme cela que tu l’imagines ou c’est comme cela que tu la vois pour de vrai ?
Koubaye qui s’était arrêté, releva la tête. Il regarda son grand-père. Comment pouvait-on poser une telle question ?
   - Tu crois que je mens ?
   - Non, pas du tout répliqua vivement le grand-père. Je n’avais pas deviné que tu pouvais la voir…
Le grand-père se remit en route :
   - Allons ne traînons pas, il faut qu’on arrive avant la fin du marché
Ils continuèrent leur descente. Le chemin était ancien et convenait parfaitement à l’âne. Bien que raide, la pente avait été taillée en longues marches faites pour les animaux. Koubaye était rarement descendu au village. Il aimait cette descente. On longeait la cascade et le mouvement de l’eau les accompagnait ainsi sur toute la hauteur. En ce début de saison froide, l’eau ne gelait pas encore. Elle jaillissait de la vallée et décrivait un arc de cercle avant de plonger pour aller s’écraser dans une vasque dans un bruit continu couvrant les conversations.
Après, le ruisseau filait vers la vallée bondissant de pierre en pierre, alors qu’ils marchaient sur un sentier à mi-pente qui rejoignait la route principale près du village.
Le soleil était déjà haut quand ils se présentèrent devant les portes de l’enceinte. Le grand-père eut un sourire. Le garde était le vieux Vard. Aussi aviné que son Seigneur, il se saoulait avec du mauvais vin et n’était plus guère attentif dès le milieu de journée. Le grand-père sortit une pièce pour payer l’octroi. Vard l’empocha sans même se lever et leur fit signe de passer. Koubaye remarqua le flacon renversé non loin du siège du garde. Il attendit d’avoir passé la porte pour s’adresser à son grand-père :
   - Il est pas dangereux… pourquoi est-il toujours vivant ?
Le grand-père soupira.
   - Les choses sont plus compliquées que cela, Koubaye. Ce n’est pas parce qu’on hait quelqu’un qu’on peut le tuer. Suppose que quelqu’un le fasse… Que fera Virme ?
Koubaye se mit à réfléchir.
   - Je suppose qu’il viendra avec ses soldats et qu’il y aura beaucoup de morts…
   - Tu supposes bien. Et personne ne veut finir comme Résiskia ou comme Gnirard…
Ils continuèrent en silence à aller vers la place. On entendait déjà le bourdonnement des voix sur le marché.
   - Ou alors…, reprit Koubaye, ou alors, il faut que ce soit comme quand on prépare le bois en forêt…
   - Que veux-tu dire?
   - Qu’on ne doit pas savoir qu’on l’a tué…
Le grand-père ne répondit rien. Ils venaient de déboucher sur la grand place du village. Ils découvrirent les étals à même le sol des marchands. Le grand-père soupira. On était loin des marchés de son enfance regorgeant de marchandises, aux effluves mouvantes et à l’affluence bon enfant. Partout il ne voyait que de pauvres couvertures recouvertes d’une ou deux marchandises et souvent les mêmes. Beaucoup de grains de plantes diverses et quelques fruits se partageaient l’offre. Le grand-père repéra un emplacement libre. Avant qu’il ne l’atteigne, il fut arrêté par le maître du marché.
   - Tu veux vendre quoi, vieil homme ?
Koubaye sentit son sang bouillir à nouveau. Le ton manquait de respect. Pourtant, cet homme était un des leurs. Il se retint de demander immédiatement à son grand-père, qui semblait trouver cela tout à fait normal.
   - J’ai un sac de grains. Juste un sac de grains !
   - Ça te coûtera quand même trois sols, éructa l’homme.
   - Tu feras moins le malin quand les loups te chasseront, hurla Koubaye.
L’homme leva son bâton pour le frapper. Il n’acheva pas son geste. Une main de fer venait de lui saisir le poignet.
   - Mon petit fils a le sang chaud mais il parle plus vite qu’il ne pense. Tiens! Accepte six sols pour la place.
L’homme regarda le grand-père. Il mettait toute sa force à essayer de lever le bras qu’il sentait s’abaisser sous la pression de ce vieil homme qui ne semblait même pas faire un effort. Il prit l’argent en maugréant qu’il passait pour cette fois mais qu’à la prochaine incartade…
Le maître du marché regarda autour de lui. Tous les regards qui s’étaient levés au son de la voix de Koubaye se tournèrent prestement vers le sol.
Quand il se fut éloigné, le grand-père déchargea l’âne, tout en parlant à Koubaye :
   - Tu sais, petit, chacune de nos actions… ou de nos paroles porte en elle ses conséquences…
   - Mais grand-père…
   - Les coups de bâton font mal et pas seulement à celui qui les reçoit.
Koubaye baissa la tête et prit la bride de l’âne pour l’emmener vers l’enclos. Intérieurement il bouillait. Il comprenait son grand-père mais ne pouvait accepter l’inacceptable. En même temps, il était fier de son grand-père qui avait ainsi tenu tête au maître du marché, un vendu aux ordres des seigneurs, tout en regrettant de lui avoir fait dépenser trois sols de plus. Quand il revint, il vit que déjà la moitié du sac avait été vendu ou échangé. Il y avait, emballées dans des tissus, les marchandises dont ils avaient besoin. Il s’assit à côté de son grand-père et fit comme lui. Il attendit que quelqu’un s’approche. Si au départ, il était excité à l’idée d’aller au marché, cette inaction forcée ne lui plut pas. Rapidement, il se lassa de regarder ceux qui passaient. Midi était passé quand quelqu’un s’arrêta. Il semblait connaître son grand-père. Il le salua avec respect et entama une discussion sur le temps, les récoltes et la météo. Koubaye remarqua que les nuages arrivaient rapidement maintenant rendant encore plus triste l’ambiance du marché.
   - … Alors c’est ton petit-fils !
   - Oui, c’est cela. C’est Koubaye.
   - Sa mère est bien chez la nièce du seigneur Vrenne.   
   - Tout à fait, il a maintenant l’âge du premier savoir…
   - Mais pas tout à fait la sagesse, coupa le visiteur.
Le grand-père eut un petit sourire contraint :
   - Non, pas tout à fait. Mais il va comprendre.
   - Je préférerais, déclara l’homme, il n’est jamais agréable de perdre de jeunes forces prometteuses.
Ton grain est toujours aussi beau. Je prends le demi-sac.
Ayant dit cela, le visiteur sortit de l’argent de sa poche et le donna au grand-père. Ce dernier eut l’air étonné. Il jeta un regard interrogateur vers l’acheteur.
   - La neige arrive, vous ne pourrez pas repartir ce soir, déclara l’homme en s’en allant.
Quand il se fut éloigné, Koubaye se rapprocha de son grand-père et lui demanda tout bas :
   - Il n’a pas pris son sac de grain.
   - Je lui porterai. C’est Gabdam, l’aubergiste chez qui nous allons passer la nuit. Il a raison. Ce ne serait pas raisonnable de vouloir rentrer ce soir.
   - Il avait l’air de bien nous connaître.
   - Gabdam connaît tout le monde et tout le monde le connaît et respecte ce qu’il dit. Son savoir est grand.
Koubaye comprit que Gabdam tenait le rôle de chef de village. Officiellement, le village était dirigé par un seigneur à la tête de la garnison. Officieusement, Gabdam était le véritable chef, celui que tous écoutaient et qui prenait les décisions.
La lumière baissa en ce début d’après-midi. Le grand-père regarda le ciel.
   - Va chercher l’âne, Koubaye. Nous allons aller nous mettre à l’abri.
Koubaye partit en courant. Les autres marchands faisaient de même, rangeant leurs affaires rapidement. Alors que la neige commençait à tomber, le marché se vida. Koubaye suivit son grand-père qui le guida vers l’auberge.
Ils y arrivèrent sous un vent glacial. Le grand-père fit le tour par la cour pour mettre l’âne à l’abri et le soulager de sa charge. La salle commune était bien occupée. D’autres marchands avaient, eux aussi, préférer ne pas tenter le voyage alors que la neige s’annonçait. Ils discutaient plus ou moins bruyamment. Le grand-père alla se mettre assez loin de la cheminée. Koubaye fut déçu. Il aurait préféré bénéficier de la chaleur du feu. Au lieu de cela, il se retrouva près d’une fenêtre dans un courant d’air froid. Gabdam officiait derrière son comptoir discutant avec les gens tout en donnant ses ordres. Une servante leur apporta deux écuelles fumantes. Cela réveilla la faim de Koubaye. Il mangea vite. Cela amusa son grand père qui lui donna quelques conseils pour éviter les brûlures. Il comprenait son petit-fils. Depuis le matin, ils n'avaient avalé que quelques gâteaux. C’était une soupe épaisse faite de viande et de pâtes. Elle chauffait le corps et remplissait l’estomac. Koubaye la termina bien avant son grand-père, malgré les brûlures. Il repoussa son assiette et regarda autour de lui. Non loin, il y avait quelques hommes discutant de chevaux et de courses autour d’un pichet d’alcool. Un peu plus loin, deux personnes mangeaient tout en parlant de la route à faire et des traces de loups qu’ils avaient vues. Près de l’autre fenêtre, il reconnut des marchands qu’il avait vus le matin. Il en vit d’autres encore plus près du feu ou du comptoir. De nouveau, il soupira regrettant le choix de son grand-père. La fenêtre fermait mal. Il l’examina pour voir comment se protéger du froid. Il remarqua la lourde tenture aux couleurs sombres et fanées. Koubaye se leva pour aller la tirer. Son grand-père le regarda faire sans s’interrompre. Une servante passa près de leur table alors que Koubaye revenait s'asseoir. Elle posa le pichet sur la table d’à côté, saluée par les cris de satisfaction. En revenant, elle ramassa l’assiette vide en demandant s’il en voulait une autre. Koubaye fit oui de la tête et son grand-père acquiesça.
   - Prends le temps de manger, Koubaye. Nous ne repartons que demain...
Koubaye se força à ralentir le rythme. La servante était revenue avec l’eau de vie. Elle posa une petite bouteille devant le grand-père avec un gobelet :
   - C’est le patron qui vous l’offre !
Le grand-père remplit son verre et le leva en faisant un signe de tête à Gabdam, qui lui fit un sourire en retour. Après l’avoir bu, il se pencha vers Koubaye :
   - Maintenant tu peux ou rester là, ou aller te coucher. J’ai vu quelques amis, je vais aller les saluer.
Koubaye fit oui de la tête et regarda partir son grand-père. Il savait ce que ça voulait dire. Les grandes personnes allaient discuter des heures sur les méfaits des seigneurs, les récoltes ou les troupeaux. Il préférait encore aller dormir.

dimanche 12 mars 2017

Ainsi parla Rma, le fileur de temps... 8

Ce fut un appel qui le réveilla. Il sauta au bas de sa couche et se dépêcha d’aller retirer les branchages. Il se piqua mais rigolait de soulagement. Son grand-père l’appelait. Il lui sauta dans les bras quand ils furent face à face.
   - Allons, mon garçon, lui dit le grand-père. Il faut qu’on s’occupe des bêtes.
Ils travaillèrent ensemble toute la matinée pour nettoyer la grotte étable. Koubaye n’osait pas interroger son grand-père sur d’éventuels événements. Tout semblait normal et pourtant, il sentait un sentiment de tristesse chaque fois que son grand-père lui disait :
   - Faut pas qu’on traîne, aujourd’hui y a à faire.
Ils finirent vers midi. Installés dehors, ils déjeunèrent. Ils mangèrent vite et en silence. Le grand-père semblait perdu dans ses pensées, ce qui étonna Koubaye. D’habitude, le repas était l’occasion de raconter une histoire ou de parler simplement de ce qui était à faire. Koubaye repensa aux cavaliers. Qu’avaient-ils fait à son grand-père?
   - Bien, dit enfin le grand-père, on va y aller.
Il rangea sa musette, imité par Koubaye.
   - On rentre à la maison, demanda ce dernier ? 
   - Non, on va aller un peu plus loin.
La sécheresse de la réponse étonna à nouveau Koubaye. Ce n’était peut-être pas dû aux cavaliers. Il avait peut-être fait ce qu’il ne fallait pas. Pourtant, il ne voyait pas dans ses actions ce qui aurait pu déclencher cela.
Ils ne marchèrent pas très longtemps après la sortie de la grotte. Un autre éboulis cachait une autre entrée de caverne. On la devinait depuis le bas de la vallée, mais son accès nécessitait une approche détournée. Il y avait là un autre troupeau. Les bêtes étaient moins nombreuses et surtout moins belles.
   - Où est-on, demanda Koubaye.
   - C’est le troupeau de Burachka.
   - Mais pourquoi …
Koubaye n’alla pas plus loin dans sa question.
   - Il lui est arrivé quelque chose, demanda-t-il avec une pointe d’anxiété dans la voix.
   - Les seigneurs ont pillé sa maison et l’ont blessée.
Koubaye sentit une bouffée de colère lui emplir la poitrine. Il aurait bien massacré tous les seigneurs… s’il en avait eu la force.
Ils travaillèrent aussi vite qu’ils purent. Après ce troupeau-là, il fallut aller voir les bêtes qui étaient en forêt. Ils revinrent dans la vallée à la nuit tombante. Koubaye eut un sentiment d’étrangeté. La vallée avait changé. La fatigue aidant, il ne chercha pas plus loin.
Dès le matin, à la figure soucieuse de sa grand-mère, il comprit que quelque chose n’allait pas. Elle prépara la soupe et le fromage sans chantonner comme à son habitude. Son grand-père était déjà partit s’occuper dehors. Quand il demanda s’il devait le rejoindre, sa grand-mère lui dit que non et qu’elle avait du travail pour lui. Il finissait de manger quand elle mit la soupe dans un seau propre qu’elle couvrit d’un torchon et prépara un plateau avec du fromage et des galettes.
   - Tu as fini… c’est bien, on va pouvoir y aller.
Elle lui colla le plateau entre les mains, prit le seau de soupe et d’autres choses et sortit, Koubaye sur ses talons. Elle se dirigea vers le chemin.
   - Ne traîne pas… Burachka doit nous attendre.
Koubaye se hâta de rejoindre sa grand-mère et ils firent en silence le trajet qui les séparait de la maison de Burachka. Il prit conscience que la fumée qu’il voyait n'était pas normale quand il passa l’épaulement de terrain qui cachait le logis de la voisine. Il n’y avait plus de maison mais un tas de ruines encore fumantes. Seul un appentis un peu plus loin tenait debout et un mince filet de fumée s’échappait de la fenêtre. Sa grand-mère marmonna entre ses dents quelque chose qui ressemblait à un juron. Cela étonna Koubaye qui l’entendait toujours reprendre son mari quand celui-ci jurait.
   - Elle s’est levée… je lui avais pourtant dit…
Quand ils arrivèrent à l’appentis, la grand-mère frappa sur le linteau et en entra sans autre forme de procès. Burachka était assise sur une paillasse, enveloppée de couvertures. Le feu crépitait dans le poêle depuis peu vu la chaleur qui régnait dans la pièce.
Koubaye sursauta en voyant la voisine. Elle avait la tête entourée de linges tachés de sang et un bras curieusement replié sur la poitrine.
   - Tu n’aurais pas dû te lever, dit la grand-mère en posant ce qu’elle portait.
   - La vie continue, petite-mère, lui répondit Burachka. Je ne vais pas rester à ne rien faire.
   - Tu aurais pu tomber et tes plaies se rouvrir.
   - J’ai fait attention…
   - Je pose ça où, intervint Koubaye ?
Sa grand-mère lui prit le plateau des mains et le posa sur un tabouret un peu plus loin.
   - Va chercher de l’eau, lui dit-elle.
Koubaye attrapa un seau et se dépêcha de sortir. Il ne voulait pas montrer qu’il était impressionné par les pansements que portait Burachka. L’endroit où il pouvait puiser l’eau était assez loin. Près de la maison de Burachka, le ruisseau n’était qu’une mince entaille dans la prairie en partie cachée par la glace et la neige. La descente fut facile. Le retour lui demanda beaucoup d’efforts. Le seau était lourd et nécessitait ses deux mains. Arrivé à mi pente, il glissa et crut renverser toute l’eau. Il se rattrapa de justesse. Il resta là un moment, son coeur battait trop vite pour qu’il reparte. Il regarda vers le haut. On ne voyait plus que les ruines fumantes de la maison de Burachka. Il ressentit une nouvelle bouffée de rage contre les seigneurs et c’est fort de cette colère qu’il reprit son ascension.
Sa grand-mère finissait d’aider Burachka quand il arriva. Cette dernière avait un bras en écharpe et une espèce de turban sur la tête.
   - … si tu bouges trop ton bras, cela ne va pas se refermer, disait la grand-mère. Ah ! Koubaye, te voilà. Tu vas poser ça là et puis tu vas aller au-dessus pour rassembler les bêtes que tu pourras.
Koubaye acquiesça sans discuter. Il aurait bien aimé savoir ce qu’il s’était passé. Il se promit de demander à sa grand-mère dès qu’il le pourrait. Libéré de son seau trop lourd, il partit en courant vers la colline. Il repéra assez facilement les moutons. Ils s’étaient rassemblés dans une petite combe à l’abri du vent. Il fut étonné de leur petit nombre. Burachka avait eu beaucoup de naissances et son troupeau déjà grand, avait atteint une taille limite pour une femme seule. Il savait peu de choses de sa voisine. Elle avait été mariée mais on ne parlait jamais de son mari. Elle n’avait pas d’enfant. Elle avait tout pour faire une bonne épouse disait la grand-mère. Pourtant elle éconduisait régulièrement les prétendants qui venaient la voir.
Koubaye commença à pousser les bêtes vers la ferme. L’enclos lui avait semblé en bon état quand il était passé à côté. Les moutons n’étaient donc pas sortis tout seuls. Il soupçonna les seigneurs d’être à l’origine de cette fuite. Quand il arriva près de la cabane, il vit une silhouette qui remontait le chemin. C’était un homme marchant lourdement en s’appuyant sur un bâton. Koubaye continua à s’occuper des moutons et des deux trois chèvres qui bêlaient pour entrer dans l’enclos. Il les suivit et fit le tour des palissades faites d’épineux pour voir s'il n’y avait pas de trous où pourrait passer un loup. Satisfait de son inspection, il sortit et repoussa la barrière. Arrivé près de la cabane, il entendit des voix :
   - Yacoua mesneiuurs bontoué
   - Qu’est-ce qu’il dit, demandait la voix de la grand-mère.
   - Il dit que les seigneurs sont bons à tuer, dit Burachka.
   - Ah si le roi Riou était là…
Koubaye entra et se trouva face à l’homme qu’il reconnut aussitôt. Résiskia se tourna vers lui :
   - Ya ben rrrandi, articula-t-il.
   - Oui, dit la grand-mère en se rengorgeant. Il entre dans l’âge du savoir premier.
   - Aher iens, on a néyoyer a aizon… dit Résikia en regardant Koubaye. 
Koubaye se tourna les deux femmes avec un air de totale incompréhension. Burachka lui sourit :
   - Il dit que vous allez nettoyer la maison.

samedi 4 mars 2017

Ainsi parla Rma, le fileur de temps... 7

Après cette tempête, les jours succédèrent aux jours. Il faisait froid, moins que l’année précédente disait le grand-père. Il ne neigeait pas. La grand-mère vivait dans la crainte que cette météo trop clémente ne permette aux seigneurs de refaire des razzias dans les troupeaux. Le peu de neige tombée rendait difficile leur camouflage.
Avec celles de Burachka et Trumas, la maison de Koubaye formaient un petit hameau au bout d’un chemin sans issue. Le mot hameau était bien grand pour désigner leur groupe de constructions. La demeure de Burachka était la première et la plus près du chemin. Elle était aussi adossée à la colline et en partie troglodyte. Trumas avait une solide bâtisse toute creusée dans un piton de pierre de l’autre côté du vallon. Elle faisait plusieurs niveaux reliés par des escaliers creusés eux aussi. Koubaye en était un peu jaloux. Elle semblait beaucoup plus amusante avec des coins et des recoins disséminés dans tous les sens. Le grand-père lui avait fait remarquer, un jour où Koubaye exprimait son envie d’une maison comme cela pour jouer, que Trumas devait rentrer deux fois plus de bois qu’eux pour se chauffer. Cela avait fait réfléchir Koubaye, sans pour autant lui ôter la nostalgie d’habiter un tel lieu.
Ce fut Koubaye qui les vit le premier. Il était à vadrouiller sur la crête. Il aimait ce paysage qui dominait la grande plaine. Il remarqua le groupe de cavaliers. Ils montaient de grands chevaux. Il jura entre ses dents comme son grand-père sans quitter le couvert de la forêt, il courut vers la maison. Il y entra en courant, hors d’haleine.
   - ILS ARRIVENT ! ILS ARRIVENT !
La grand-mère prit Koubaye par le bras.
   - Calme-toi et décris ce que tu as vu !
   - Un groupe de cavaliers arrive par le chemin de la plaine…
   - Ont-ils un chariot ?
   - Non, je n’ai vu que des cavaliers.
Les deux grands-parents échangèrent un regard lourd de sens. Koubaye sentit que la situation était grave. Il aurait mieux valu qu’il y ait un chariot. Il ne savait pas pourquoi et n’eut pas le loisir de le demander, car les deux adultes commencèrent à s’agiter et à ranger toute la maison.
   - Ne reste pas là, mon garçon… Va te cacher dans la grotte avec les chèvres, lui dit la grand-mère en le poussant dehors.
Koubaye savait qu’on ne discutait pas avec la grand-mère. Il partit donc en courant vers la forêt. Il jeta un coup d’oeil derrière lui sans voir les cavaliers. Il était à couvert quand le premier cheval apparut tout en bas du vallon.
Koubaye mit en pratique ce que son grand-père lui avait appris. Personne n’aurait pu suivre sa trace. Il se retrouva bientôt dans la grotte. Le troupeau s’était rassemblé contre une des parois. Il restait silencieux. Koubaye en fut heureux. Il préférait rester avec ses pensées.
La journée passa lentement, très lentement. Cela lui était insupportable de rester là, à ne rien faire sans savoir. Il n’osait pas sortir. Son grand-père lui avait donné l’ordre de l’attendre, sans préciser combien de temps. Pour ne pas utiliser les provisions, il se contenta de traire des chèvres. En cette saison, elle n’avait pas beaucoup de lait. Le repas fut maigre. Quand la lumière déclina dans le couloir d’accès à la grotte, Koubaye eut peur. Personne n’était venu le chercher. Et si tout le monde était mort ?… Et si les loups venaient la nuit ?... Il prit le temps de bien arranger les épineux qui composaient la barrière du couloir. Même si les loups venaient, ils ne pourraient pas passer. Puis vint une image d’ours… La peur, qui s’était éloignée pendant qu’il arrangeait les buissons contre les loups, revint. Ses quelques branchages n’auraient pas la solidité nécessaire si l’ours venait. Il essaya de se raisonner. Son grand-père lui avait dit qu’ils avaient presque tous disparus et que pendant l'hiver, ils ne bougeaient pas. Pourtant la peur lui tenailla le ventre. Le peu de lumière dont il bénéficiait encore disparut.
Koubaye tremblant de peur s’allongea sur une banquette de pierre creusée dans le fond de la grotte. Il s'enveloppa dans ses couvertures, ne laissant sortir que son nez et ses yeux. Le sommeil le prit alors qu’il guettait l’arrivée du danger. 

mercredi 15 février 2017

Ainsi parla Rma, le fileur de temps... 6

Ils étaient restés deux jours. Koubaye avait pu ainsi explorer une partie des galeries. Dehors le vent soufflait fort, faisant gémir les conduits d’aération. Le grand-père en avait profité pour lui expliquer comment barrer la route aux bayagas.
   - Le mieux, lui avait-il dit, est une solide porte. Ainsi les bayagas se heurtent au bois et ne peuvent pas passer. Mais si tu n’as pas de porte possible comme ici, alors il faut faire une chicane. Les bayagas vont se heurter dans le mur et faire demi-tour.
   - Oui, mais nous, grand-père, quand on arrive dans une chicane, on tourne…
   - Bien-sûr que nous on suit le chemin, mais les bayagas eux, courent et se heurtent à la paroi. Ils ne peuvent pas tourner comme nous. Donc ils font demi-tour. C’est comme cela…
Koubaye trouva les bayagas bien étranges. Il imaginait ces entités nocturnes malfaisantes qui sévissaient quand l’étoile de Lex se levait, comme des sortes d’êtres mi-homme mi-animal, pleins de griffes et de dents.
Koubaye s’était ennuyé dans la grotte. Il y faisait très sombre. Le grand-père ne ravivait que rarement le feu pour ne pas gâcher le bois. Il n’y avait que la faible lueur de la lampe à huile tout le reste du temps. Koubaye gardait la tête dans les épaules. Il avait peur de ce qui était au-dessus de lui. Il avait entendu, pendant qu’il courait après un mouton vagabond, des bruits d’ailes. C’était à la fois discret et inquiétant par sa discrétion même.
   - Ce sont les esprits des grottes, avait dit son grand-père. Ils vivent dans le noir et sortent la nuit. D’ailleurs si tu regardes bien, tu verras briller leurs yeux.
Koubaye avait déjà remarqué ces petits éclats de lumière qui allaient par deux. Il fut rassuré par les paroles calmes de son grand-père. Ce n’étaient pas des bayagas puisqu’il ne semblait pas les craindre. Son autre source d’inquiétude était les bruits. Il connaissait ceux du troupeau et ceux de son grand-père. Il ne savait comment interpréter les petits sifflements ou couinements qu’il entendait parfois sans parler des raclements et autres bruits de cailloux frappant la roche. A chacun de ces sons, il sursautait, regardait son grand-père et en déduisait s’il devait s’alarmer ou pas. Le seul bruit dont il avait découvert la provenance était la source. Si certaines zones de la grotte étaient humides, il y avait dans un des passages, une cuvette naturelle où s’écoulait une eau froide. Il devait venir y puiser pour les bêtes et pour eux-mêmes.
Koubaye avait été heureux quand ils avaient écarté les épineux pour sortir. Ils avaient laissé le troupeau dans la première salle avec du fourrage et de l’eau. L’hiver semblait vouloir être très froid. Les bêtes étaient leur seule richesse. Sans elles, la mort frapperait la famille.
L’air était très froid. Le paysage était maintenant tout blanc. Ils passèrent par les hautes pâtures pour voir ce que devenaient leurs autres animaux. Les vaches étaient toute serrées les unes contre les autres près de la paroi la plus protégée. Elles grattaient tristement le sol à la recherche de quelque chose à brouter. Ce fut un dur travail que de les pousser vers un autre lieu, plus favorable. Le grand-père voulait les rapprocher de la maison. Si le petit bétail pouvait se débrouiller dans les grottes, le gros bétail nécessitait plus de soin. Il fallut soulager les bêtes aux mamelles inflammées et ramener le troupeau dans la combe non loin de la maison.
Koubaye ne sentait plus ses bras à la fin de la journée. Il commençait à butter sur les obstacles malgré toute sa bonne volonté. Arrivé à la maison, il grignota à peine et partit immédiatement se coucher. Il ne vit pas le regard attendri de sa grand-mère. Il eut à peine le temps de s’allonger que déjà il dormait.
   - Il a bien travaillé, dit le grand-père.
   - Son père pourrait être fier, répondit la grand-mère.
   - Oui, s’il était là, ajouta le grand-père.
Une ombre de nostalgie passa entre eux.
   - Un jour, il posera des questions, dit la grand-mère après qu’ils eurent fini leur soupe.
   - Un jour... En attendant il est avec nous.

lundi 6 février 2017

Ainsi parla Rma, le fileur de temps... 5

Avec la saison des neiges le monde se repliait sur lui-même. Il fallait malgré tout s'occuper des bêtes. Koubaye aidait du mieux qu'il pouvait. Les traites étaient moins fréquentes et l'on pouvait nourrir les bêtes qu’une fois par jour. Le plus difficile était la discrétion. Le grand-père apprit à Koubaye comment aller d'un point à un autre en laissant le moins de traces possibles, même en cas de neige. Koubaye aimait ces manières de jouer à cache-cache pour de vrai. Il apprenait vite et faisait la fierté de son grand-père. Quand la nuit était venue, à la lueur du feu venait le temps des histoires. C'était un plaisir pour Koubaye. Quelques fois ceux du voisinage venaient, ou on allait chez eux partager fromages et boissons plus ou moins alcoolisées en partageant les nouvelles, en jouant ou, ce que Koubaye n'aimait pas, en interminables discussions sur les méfaits des seigneurs.
D'autres soirs et malheureusement pour l'enfant, c’étaient les plus nombreux, on travaillait le bois pendant que la grand-mère cousait. Il y avait de nombreux outils à réparer ou à refaire. Koubaye apprenait bien. Il fallait choisir le bon bois, et même le bon morceau de bois pour obtenir le résultat souhaité.
Il apprit aussi à préparer en forêt certains arbres pour en obtenir le bois. C'est ainsi que disait son grand-père à sa femme quand ils partaient le faire : “ On va préparer du bois !”. Le grand-père et son petit-fils s'éloignaient avec toute la discrétion possible pour parcourir les bois environnants.
   - Tu vois, Koubaye, cette branche fera un bon manche pour une pioche.
La première fois, il avait eu peur pour son grand-père. La justice de Virme était expéditive pour ceux qui coupaient tout ou partie d'un arbre. Mais son grand-père l'avait rassuré. Il n'avait rien coupé, juste cassé à moitié le morceau qui l'intéressait. Il avait fini le travail en décollant l'écorce par en-dessous. Il en expliqua le principe à Koubaye, tout en ajoutant :
   - Tu vois le plus important c'est qu'on ne puisse pas voir que ce n'est pas naturel.
Il fit faire ses premiers essais à son petit-fils. Il le laissa faire, donnant parfois un conseil. À la fin de l'opération, il lui dit :
   - Regarde bien l'endroit, mon grand, on reviendra à la saison du soleil et alors tu sauras si tu as bien travaillé.
La saison des neiges se déroula doucement. Koubaye apprit qu’on ne sortait plus quand l’étoile de Lex montait à l’horizon. Son grand-père lui avait montré un jour qu’ils se dépêchaient de rentrer de chez Trumas, ce voisin tellement bavard, qu’on devait toujours courir pour atteindre la maison.
   - Mais pourquoi doit-on courir comme ça, grand-père ? J’ai un point de côté !
   - L’étoile de Lex va se lever…
   - Et alors ?
   - Cours, Koubaye, je te le raconterai plus tard.
Ils avaient couru aussi vite, qu’ils pouvaient et avaient atteint la porte de chez eux quand la grand-mère cria :
   - Regardez ! L’étoile de Lex !
   - Vite ! Vite ! avait répliqué le grand-père.
Koubaye avait quand même pris le temps de la regarder. C’était une grosse étoile rouge, bas sur l'horizon. Alors qu'il s'interrogeait sur la signification, son grand-père l'avait tiré en arrière et avait claqué la porte.
   - Ne joue pas à cela, tu vas attirer les bayagas...
   - Et c'est quoi ?
   - Demain, je te le raconterai demain. Maintenant au lit !
Le lendemain, une neige collante avait recouvert tous les arbres. Koubaye qui n'en avait jamais vu comme celle-là, courut jouer avec. Il ne vit pas la tête rembrunie de son grand-père.
   - C’est pas bon ça, dit-il à sa femme !
   - Non, ça sent la tempête, répondit-elle. Il aurait pas dû regarder l’étoile de Lex hier soir, les bayagas n’ont pas aimé…
   - C’est des superstitions, lui rétorqua le grand-père en faisant un geste de conjuration...
Puis il appela Kouyaba. Il fallait aller s’occuper des bêtes cachées. Ils partirent tôt sans même s’asseoir pour manger. La grand-mère avait sorti des galettes de la réserve et leur avait mis dans des sacs. Tout en marchant et en mangeant, le grand-père expliqua tout ce qu’ils devaient faire et il ajouta :
   - Si la neige nous le permet…
Ce fut une journée harassante. Le grand-père restait intransigeant sur les précautions. Il fallait laisser le moins de traces possibles même si la neige et le vent allaient tout effacer. Ils allèrent dans la gorge profonde pour s’occuper d’un premier troupeau. Il y a avait du foin en abondance, les bêtes ne risquaient rien. Par contre, les chèvres ne pouvaient pas rester simplement dans leur coin de forêt. Les épineux qui les cachaient n’arrêteraient pas le vent. Ils se mirent en route en milieu de matinée, alors que des rafales commençaient à secouer les arbres. Ils restèrent pourtant à couvert, évitant de traverser les pâtures. Koubaye ne comprenait pas bien l’excès de précaution de son aïeul. Avec le temps qu’il faisait, qui pourrait bien être dehors ? Une réponse lui vint à l’esprit immédiatement : un voisin. Il en conclut que non seulement il fallait se méfier des hommes du baron, mais qu’il fallait aussi se défier de son voisin. Il interrogea son grand-père :
   - C’est pour éviter que Burachka nous voie qu’on passe par le bois noir ?
   - Tu sais, Koubaye, moins y a de gens qui savent, moins il y a de risque. Je ne crois pas que Burachka dise quelque chose, mais…
La phrase resta en suspens comme une menace.
Vers midi, le temps s’assombrit. Le grand-père déclara que la neige allait arriver plus vite qu’il ne pensait. Ils pressèrent les bêtes. Bientôt des minuscules flocons de neige dure se mirent à les fouetter au visage. Koubaye qui clignait des yeux pour éviter la douleur, fit comme son grand-père entourant sa tête avec son écharpe. Bientôt, ils ne furent plus que deux silhouettes blanches poussant en avant des animaux qui avaient la forme de grosses boules de neige. Heureusement, ils arrivèrent dans une petite vallée encaissée qui les protégea. Le grand-père prit la tête du troupeau et se dirigea vers un amas rocheux. Il en commença l’escalade et disparut derrière un des blocs. Le bélier l’avait suivi. Koubaye vit disparaître toutes les bêtes. Il trouva la chose extraordinaire. Elles passaient derrière le rocher et ne réapparaissaient pas de l’autre côté. Il continua à encourager de la voix les animaux qui s’égaraient. Il fut le dernier à escalader le pierrier. C’est là qu’il découvrit la faille. Il suivit le dernier chevreau qu’il poussa un peu pour le faire entrer dans ce tunnel sombre. Il avança avec précaution, laissant ses yeux s'habituer au noir. Il marcha ainsi, tâtonnant, butant contre les bêtes qui n’avançaient pas et qu’il devait pousser. Il entendit au loin le bruit du briquet qu’on battait, puis le souffle de celui qui attise le feu. Il vit alors une faible lueur plus loin devant lui. Avec précaution, il se dirigea vers la lueur tremblotante d’un feu qui débutait. Il déboucha dans une salle plus vaste. Son grand-père dans un coin attisait le feu :
   - Ferme derrière-toi mon garçon !
Koubaye se retourna pour voir ce qui pouvait servir de porte. Il trouva des branches d’épineux bien sèches, qu’il tira au milieu du passage. 
   - Mieux que ça, Koubaye ! Je ne voudrais pas que les bayagas puissent passer.
Koubaye jeta un regard inquiet vers le tas de branches. Il fit de son mieux pour obstruer complètement le passage, même s’il se piqua les mains. Il ne comprenait pas bien ce qu’étaient les bayagas, mais n’avait aucune envie de les rencontrer.
   - Il faut que la tempête passe, dit le grand-père. On va rester ici pour la journée.
   - Et grand-mère ?
   - La maison est solide et elle a des provisions.
   - On est où ici ?
  - Ces grottes ont été découvertes, il y a bien longtemps. Le père du père de mon père et ses aïeux les ont agrandies et aménagées petit à petit. Maintenant, on pourrait y loger tout le troupeau. Il y a d’autres entrées plus loin pour les chevaux ou les vaches. Mais en attendant, on va manger.